L’autodétermination est à la fois un droit, un besoin et un ensemble de compétences à développer chez toutes les personnes. Aujourd’hui, je vous propose de faire le point sur des informations essentielles pour appréhender le principe de l’autodétermination. Et sa mise en pratique !

Déconstruisons les mythes

Pour commencer, répondons à cette question : qu’est-ce que l’autodétermination ? Et qu’est-ce qu’elle n’est pas ? Je vous propose de balayer ensemble certaines idées sur le sujet.

  • L’autodétermination s’apprend et nécessite un cadre assez construit pour permettre à la personne de développer ses compétences et fonctions pour apprendre à s’autodéterminer, à être acteur de sa propre vie. Ce n’est donc pas “faire ce que je veux, quand je veux, comme je veux.”
  • L’autodétermination est la compréhension par la personne de ses propres limites et des conséquences de ses actions. Demander de l’aide, s’appuyer sur autrui pour réaliser une action dans un objectif voulu, c’est être autodéterminé. 
  • L’autodétermination n’est pas synonyme d’indépendance ou d’autonomie. Elles peuvent être des éléments permettant le développement de l’autodétermination, elles ne sont pas systématiques pour l’atteindre. Une personne peut être autodéterminée et nécessiter une aide dans certaines situations. Tant que cette personne agit selon ses intérêts, ses choix, en reconnaissant son besoin d’aide, elle est autodéterminée. 
  • L’autodétermination, dans son développement ou son expression, nécessite donc d’être en situation dynamique et interactive avec son environnement. 

Une histoire de l’autodétermination

Le principe d’autodétermination apparaît comme un droit fondamental des peuples de disposer d’eux-mêmes, indépendamment de toute influence étrangère, en 1951 dans la Charte des Nations Unies. Découvrons ensemble l’histoire de l’autodétermination.

Dans les années 1970

Après l’apparition du principe dans la charte, le Mouvement pour la vie autonome définit l’autodétermination comme l’un des besoins psychologiques pour l’épanouissement des personnes. Dans les années 70’s, ce mouvement, constitué de personnes handicapées, revendique le droit d’être reconnues et respectées en tant que personne à part entière. Les personnes concernées demandent la reconnaissance de leur capacité à agir, à gérer leur vie, faire des choix et décider librement.

Dans les années 1980

En 1986, Deci et Ryan proposent leur théorie de l’autodétermination en soutien aux enseignants. Ils les encouragent à motiver leurs étudiants présentant des difficultés d’apprentissage en favorisant leur autonomie et en les stimulant avec des exercices et des défis différents, non répétitifs. Ils répondent ainsi aux trois besoins psychologiques fondamentaux et innés pour ces auteurs :

  • Le besoin d’autonomie : effectuer des choix selon ses intérêts, préférences et valeurs, en étant à l’origine de l’action
  • Le besoin d’appartenance sociale : se sentir accepté et connecté aux membres d’un groupe
  • Le besoin de sentiment de compétence : se sentir capable et efficace.

Dans les années 1990

Dans ce contexte Wehmeyer (1992, 1999) propose un modèle « fonctionnel » de comportement autodéterminé pour guider les efforts visant à promouvoir l’autodétermination des jeunes présentant des déficiences ou des incapacités. Il définit alors les comportements auto déterminés comme étant “des actions volontaires permettant à une personne d’agir comme le principal agent causal de sa vie afin de maintenir et d’améliorer sa qualité de vie.” Les termes d’agent causal sous-entendent que la personne fait ou est à l’initiative des événements de sa vie. Elle agit avec une intention de provoquer ou créer un changement.

… et l’autodétermination aujourd’hui

Depuis les années 2000, les modifications de perception et de définition du handicap ont remis au centre de l’accompagnement la notion d’autodétermination. En effet, on ne se réfère plus aux limites qu’apporte le handicap mais on s’appuie sur les forces des personnes pour les rendre autonomes et indépendantes, et donc autodéterminée. L’environnement s’adapte pour que la personne soit au centre de son accompagnement et qu’elle soit actrice de son parcours de vie.

Le modèle fonctionnel de l’autodétermination

L’autodétermination se définit à la jonction de quatres composantes essentielles : l’autonomie comportementale, l’autorégulation, l’auto-réalisation et l’empowerment psychologique. Abordons maintenant ces composantes et leurs fonctions sous-jacentes.

Autonomie comportementale

L’autonomie comportementale correspond aux « habiletés d’une personne à indiquer ses préférences, à faire des choix et à amorcer une action en conséquence ». Lorsque la personne agit selon ses intérêts, préférences et capacités, de façon indépendante sans être influencée de manière exagérée, ses comportements sont autodéterminés. 

Pour agir en accord avec ces éléments, la personne doit donc être en mesure de communiquer ses choix, ses refus, ses préférences, selon tout type de méthode de communication. La mémoire procédurale et l’initiation de l’action, permettant la motricité automatique mais aussi de déclencher un comportement pour aboutir à l’action voulu, sont également sollicitées.

Autorégulation

L’autorégulation est définie comme un système complexe permettant de traiter les différentes informations perçues, d’anticiper des actions possibles et leurs conséquences afin de prendre une décision et d’agir selon celle-ci.

Elle nécessite de bonnes capacités cognitives pour analyser l’environnement et ses propres réponses : 

  • la planification, pour atteindre un objectif et prendre des décisions,
  • la régulation émotionnelle, pour ajuster ces décisions ou ajuster ses comportements selon celles-ci.
  • la cohérence centrale, pour relier les différents éléments et en tirer les conclusions adaptées.

Auto-réalisation

L’auto-réalisation est la capacité de la personne à influencer et façonner son parcours de vie, selon ses forces et ses difficultés, en lien avec les expériences personnelles vécues.

Pour connaître ses points forts et ses limites, la personne doit avoir un bon niveau de conscience de soi et de ses compétences. La mémoire à long termes de ces événements, de leurs répercussions sur l’environnement et sur soi, permet également de répéter ou modifier certains comportements. Plus la personne a une bonne estime de soi et une bonne confiance en soi, plus l’autoréalisation sera accessible pour elle.

Empowerment psychologique

L’empowerment psychologique correspond au pouvoir d’agir. Il fait référence aux différentes dimensions de la perception de contrôle exercé par la personne, à son sentiment d’efficacité personnelle et à sa motivation. Lorsque la personne a cette perception de contrôle sur sa vie, sur les décisions qui la façonne, elle développe ce pouvoir d’agir. 

Si l’autocontrôle, le contrôle de l’action et la résolution de problèmes, sont des fonctions sollicités pour cette composante, l’estime de soi l’influence fortement aussi.

Développer l’autodétermination en pratique

En s’appuyant sur le modèle tripartite écologique de Abery et Stancliffe (2003), il est possible de dégager 7 façons de favoriser l’expression de l’autodétermination. 

Selon eux, cette expression implique simultanément le degré de contrôle que la personne exerce sur les différents domaines de sa vie, le niveau de contrôle qu’elle souhaite exercer dans chacun de ces domaines et l’importance qu’elle leur accorde. Il s’agira alors de :

  • Développer les différentes fonctions sollicitées pour les quatre composantes 
  • Respecter et considérer les intérêts et opinions de la personne
  • Offrir des occasions d’exercice du contrôle
  • Encourager les manifestations d’autodétermination
  • Favoriser la participation et l’inclusion sociale
  • Donner des modèles d’autodétermination par les pairs
  • Donner l’accès à des formes de soutien adaptés.

Autrice : Laurie Pacini, psychologue clinicienne, doctorante, conférencière, ingénieure R&D chez Juggle

Bibliographie

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